Dans la tradition gastronomique française, le service des vins suit une chorégraphie précise qui transforme chaque repas en véritable expérience sensorielle. Le vin blanc s’impose naturellement comme le compagnon idéal des premiers instants à table, bien avant que les rouges tanniques ne fassent leur apparition. Cette pratique ancestrale ne relève pas du simple hasard : elle trouve ses fondements dans la chimie organoleptique, la physiologie digestive et l’harmonie gastronomique. Comprendre pourquoi débuter un repas par un vin blanc permet non seulement d’optimiser votre plaisir gustatif, mais aussi de respecter une progression aromatique qui met en valeur chaque plat et chaque cuvée servie.

La prédominance du vin blanc en début de service s’explique par sa capacité unique à préparer le palais sans le saturer. Contrairement aux idées reçues qui voudraient que cette règle soit arbitraire, elle repose sur des principes tangibles liés à la structure même des vins. L’acidité caractéristique des blancs secs, leur légèreté alcoolique relative et leur profil aromatique délicat créent les conditions optimales pour une montée progressive en puissance gustative tout au long du repas.

Les propriétés organoleptiques du vin blanc qui stimulent l’appétit

Les vins blancs possèdent des caractéristiques intrinsèques qui en font des stimulateurs naturels de l’appétit. Leur composition chimique, distincte de celle des vins rouges, agit directement sur nos récepteurs sensoriels pour éveiller la gourmandise et préparer l’organisme à recevoir les mets qui suivront. Cette capacité à ouvrir l’appétit n’est pas fortuite : elle découle d’un équilibre subtil entre plusieurs composants organoleptiques majeurs.

La fraîcheur inhérente aux vins blancs crée une sensation de légèreté en bouche qui contraste agréablement avec la richesse des plats à venir. Cette vivacité rafraîchissante nettoie le palais et le prépare à accueillir de nouvelles saveurs, contrairement aux vins rouges dont les tanins peuvent rapidement saturer les papilles et créer une certaine lourdeur dès le début du repas.

L’acidité tartrique et malique comme activateurs des papilles gustatives

L’acidité constitue l’épine dorsale des vins blancs de qualité. Les acides tartriques et maliques, présents en concentrations élevées dans ces cuvées, jouent un rôle primordial dans la stimulation des récepteurs gustatifs. Lorsque vous dégustez un Sancerre ou un Chablis, cette acidité vive déclenche immédiatement une salivation abondante, premier signe d’un appétit éveillé. Cette réaction physiologique naturelle prépare votre système digestif à recevoir la nourriture.

Les acides organiques contenus dans les vins blancs agissent également comme des exhausteurs de saveurs. Ils amplifient la perception des arômes primaires du vin tout en créant une sensation de netteté qui laisse le palais disponible pour apprécier pleinement les subtilités gustatives du repas. Un vin blanc servi en apéritif possède généralement un pH compris entre 3,0 et 3,4, ce qui correspond à une acidité suffisamment marquée pour provoquer cette activation sensorielle sans pour autant devenir agressive.

Les arômes primaires d’agrumes et de fruits blancs dans les cépages Sauvignon et Riesling

Les cépages emblématiques de vins blancs d’apéritif, notamment le Sauvignon Blanc et le Riesling, développent des

notes d’agrumes (citron, pamplemousse, lime) et de fruits blancs (pomme verte, poire, pêche blanche) qui participent directement à cette sensation d’appétence. Ces arômes primaires, issus du cépage et révélés par une vinification à basse température, apportent une impression de croquant et de fraîcheur comparable à celle d’un fruit mordu à pleines dents. En début de repas, cette dimension aromatique légère et précise attire l’attention sans lasser, là où un bouquet trop boisé ou confit pourrait rapidement saturer le nez.

Dans un Sauvignon de Loire ou un Riesling d’Alsace sec, ces arômes fruités sont souvent accompagnés de touches florales (fleurs blanches, acacia) et parfois végétales nobles (buis, herbes fines) qui renforcent l’impression de vivacité. Le cerveau associe spontanément ces parfums à la fraîcheur et à la légèreté, ce qui participe à la mise en condition psychologique du convive : l’apéritif doit ouvrir, jamais alourdir. C’est cette combinaison d’arômes primaires et d’acidité tranchante qui fait du vin blanc un formidable déclencheur de plaisir dès les premières gorgées.

La légèreté en alcool des vins blancs secs versus les rouges tanniques

Un autre facteur décisif qui explique pourquoi le vin blanc est idéal en début de repas réside dans sa teneur alcoolique et sa structure. Les vins blancs secs destinés à l’apéritif ou aux entrées titrent généralement entre 11,5 % et 13 % vol., avec une trame dépourvue de tanins marqués. Cette combinaison crée une sensation de légèreté en bouche et évite la chaleur alcooleuse qui peut rapidement fatiguer le palais lorsque l’on commence d’emblée par un rouge puissant.

À l’inverse, les vins rouges structurés par des tanins abondants et un degré alcoolique plus élevé (souvent 13,5 % à 15 % vol.) apportent une texture plus serrée et enveloppante. Cette “mâche” tannique, très agréable sur une viande ou un plat en sauce, peut s’avérer trop envahissante lorsqu’elle intervient avant même l’arrivée des mets. Les tanins imprègnent les muqueuses, renforcent la perception d’amertume et peuvent écraser la finesse d’une entrée délicate ou d’un futur vin blanc servi ensuite.

En début de repas, un vin blanc sec et modérément alcoolisé permet donc de préserver votre capacité d’analyse et de plaisir sur la durée. Vous profitez de l’apéritif sans ressentir de lourdeur ni de somnolence précoce, ce qui est essentiel lorsque plusieurs vins sont prévus. On peut comparer ce choix à un échauffement sportif : mieux vaut démarrer en douceur, avec un vin blanc aérien, plutôt qu’attaquer directement par un “sprint” tannique qui épuiserait le palais.

La température de service entre 8 et 12°C et son impact sur la perception gustative

La température de service est un paramètre trop souvent négligé alors qu’elle modifie profondément la perception du vin. Les vins blancs d’apéritif et de début de repas s’expriment idéalement entre 8 et 12°C, une plage qui met en avant leur fraîcheur et leur précision aromatique. Servi trop chaud, un blanc paraît mou, l’alcool ressort et la sensation de vivacité diminue ; servi trop froid, il devient fermé, ses arômes se figent et l’acidité semble agressive.

Autour de 10°C, la plupart des vins blancs secs trouvent un équilibre optimal entre vivacité, aromatique et confort de dégustation. Cette fraîcheur accentue la sensation désaltérante, resserre légèrement la structure et renforce l’effet “coup de fouet” recherché en début de repas. De plus, un vin posé sur table à cette température remontera naturellement de quelques degrés au fil du service, dévoilant progressivement de nouveaux arômes : vous commencez sur la tension, vous finissez sur la complexité.

Pour obtenir cette température idéale, il est conseillé de placer la bouteille au réfrigérateur environ une heure avant le service, puis de la maintenir dans un seau à glace modérément rempli. Vous évitez ainsi les chocs thermiques trop importants. Cette maîtrise de la température de service participe pleinement à la raison pour laquelle le vin blanc est idéal en début de repas : il rafraîchit, éveille et structure la dégustation sans jamais l’écraser.

L’accord gastronomique entre vin blanc et entrées traditionnelles

Si le vin blanc trouve naturellement sa place au début du repas, c’est aussi parce qu’il s’accorde magistralement avec la plupart des entrées de la gastronomie française. Fruits de mer, coquillages, poissons crus ou fumés, terrines, charcuteries fines, fromages de chèvre… autant de mets dont la texture, la salinité ou la richesse appellent la fraîcheur et la tension d’un blanc sec. Ces accords ne relèvent pas du hasard : ils se sont construits au fil des siècles, en parfaite cohérence avec les terroirs locaux.

On observe ainsi une remarquable complémentarité entre les régions productrices de grands vins blancs et leurs spécialités culinaires. Du Chablisien aux bords de Loire, de l’Atlantique à l’Alsace, chaque vignoble a développé des styles de vin blanc pensés pour magnifier les produits de son environnement. C’est cette harmonie géographique et historique qui fait que le vin blanc, plus que tout autre, semble fait pour accompagner les premiers plats du repas.

Le chablis premier cru avec les huîtres de Marennes-Oléron

Parmi les accords emblématiques mettant en lumière pourquoi le vin blanc est idéal en début de repas, celui du Chablis Premier Cru avec les huîtres de Marennes-Oléron occupe une place de choix. Chablis, issu majoritairement du cépage Chardonnay sur des sols riches en fossiles marins (notamment des exogyres), développe une minéralité tranchante, souvent décrite comme iodée ou saline. Cette signature gustative entre immédiatement en résonance avec la saveur maritime des huîtres.

Servies nature, simplement ouvertes et encore gorgées de leur eau, les huîtres présentent une texture délicate, un gras subtil et une salinité prononcée. Le Chablis Premier Cru, avec son acidité droite, vient littéralement rincer le palais, couper le gras et prolonger la note iodée par ses propres accents pierre à fusil et coquille d’huître. Chaque bouchée appelle une gorgée, chaque gorgée relance l’envie de croquer dans une nouvelle huître : c’est l’exemple parfait d’un accord “aller-retour” qui stimule l’appétit.

Dans ce type de mariage, la structure du vin blanc joue un rôle essentiel. Un Chablis trop boisé ou trop mûr perdrait ce côté ciselé indispensable en début de repas. On privilégiera donc des cuvées Premier Cru élevées avec mesure, où le bois ne vient qu’accompagner la trame minérale sans la dominer. Vous obtenez ainsi un accord à la fois raffiné et digeste, idéal pour lancer un repas de fête.

Le muscadet sur lie et les fruits de mer de l’atlantique

Sur la façade Atlantique, un autre mariage illustre brillamment la vocation du vin blanc en début de repas : le Muscadet sur lie avec les fruits de mer. Issu du cépage Melon de Bourgogne, le Muscadet sur lie se caractérise par une acidité vive, un faible degré alcoolique et un élevage sur lies qui lui confère une légère onctuosité et un perlant discret. Cette combinaison en fait un partenaire privilégié des coquillages, crustacés et plateaux de fruits de mer.

Crevettes roses, bigorneaux, bulots, palourdes, crabes ou langoustines présentent tous une composante saline importante et une texture plus ou moins ferme. Le Muscadet, par sa fraîcheur citronnée et sa minéralité marine, vient souligner cette salinité tout en apportant une sensation de rincement en bouche. L’élevage sur lies ajoute quant à lui un léger gras, suffisant pour envelopper la chair sans l’alourdir. Vous obtenez un équilibre subtil entre tension et rondeur, parfaitement adapté aux premières bouchées du repas.

Dans un contexte gastronomique, le choix d’un Muscadet sur lie bien travaillé permet de profiter d’un vin blanc d’apéritif très digeste, capable d’accompagner l’ensemble du plateau de fruits de mer sans jamais fatiguer. Sa discrétion aromatique relative laisse la vedette aux produits de la mer, tout en structurant la dégustation. Là encore, on comprend pourquoi le vin blanc, lorsqu’il est justement choisi, constitue une introduction idéale au repas.

Le sancerre blanc et les fromages de chèvre de la vallée de la loire

L’accord entre Sancerre blanc et fromages de chèvre de la vallée de la Loire, tels que le Crottin de Chavignol, illustre une autre facette du rôle du vin blanc en début de repas. Le Sauvignon Blanc, roi de l’appellation Sancerre, offre une palette aromatique mêlant agrumes, fruits blancs, fleurs et notes végétales nobles, portée par une acidité structurante. Cette vivacité trouve un écho parfait dans la texture friable, parfois crémeuse, et la légère acidité lactique des chèvres locaux.

Servis jeunes, les fromages de chèvre présentent une fraîcheur marquée, des notes lactées et une pointe de salinité. Le Sancerre blanc vient alors les souligner par ses arômes citronnés et ses touches herbacées (buis, herbes fraîches), tout en nettoyant la bouche entre chaque bouchée. Plus les fromages gagnent en affi nage, plus leur intensité aromatique augmente (noisette, sous-bois), ce qui appelle des cuvées de Sancerre légèrement plus structurées, voire issues de parcelles spécifiques.

Proposer cet accord dès l’apéritif, que ce soit sous forme de petits toasts de chèvre chaud ou de bouchées froides, permet de démontrer la polyvalence du vin blanc dès le début du repas. Contrairement au rouge, dont les tanins se frottent souvent mal aux protéines lactées et à la salinité du fromage, le Sancerre blanc crée une alliance harmonieuse et digeste, idéale pour ouvrir l’appétit sans alourdir.

Le pinot gris d’alsace avec les terrines et charcuteries fines

Lorsque l’on parle d’entrées à base de terrines, pâtés en croûte ou charcuteries fines, on pense spontanément au vin rouge. Pourtant, certains vins blancs, et en particulier le Pinot Gris d’Alsace, offrent des accords remarquables avec ces préparations. Ce cépage développe une structure plus ample que le Riesling, avec souvent un léger moelleux ou une impression de rondeur qui lui permet d’affronter les matières grasses sans faiblir.

Sur une terrine de campagne, un foie gras en version mi-cuit ou un pâté en croûte de volaille, le Pinot Gris sec (ou demi-sec très modéré) apporte une texture caressante, des arômes de fruits jaunes, de miel léger et parfois de fumé délicat. Son acidité, moins tranchante que celle du Riesling mais suffisante pour équilibrer la richesse du plat, agit comme un fil conducteur. Vous obtenez un contraste “gras/fraîcheur” très équilibré, particulièrement appréciable en ouverture de repas.

Comparé à un rouge tannique, qui peut renforcer la sensation de gras et apporter de l’amertume sur la charcuterie, le Pinot Gris joue un rôle d’accompagnateur souple et enveloppant. Il respecte la délicatesse des épices et des viandes, tout en procurant cette sensation de légèreté en fin de bouche qui donne envie de poursuivre la dégustation. C’est une illustration supplémentaire de la pertinence du vin blanc sur les premières assiettes servies à table.

La physiologie digestive et le rôle du vin blanc en apéritif

Au-delà de la simple dimension gustative, le vin blanc exerce une influence réelle sur notre physiologie digestive. Ses composants acides, aromatiques et phénoliques interagissent avec nos récepteurs sensoriels et nos enzymes, contribuant à préparer l’organisme à l’arrivée des aliments. C’est une des raisons pour lesquelles le vin blanc est idéal en début de repas : il agit comme un véritable “starter” digestif, à condition bien sûr d’être consommé avec modération.

Les études en nutrition et en œnologie convergent sur un point : la perception de l’acidité, la stimulation de la salivation et la légère augmentation de la sécrétion gastrique liées à la consommation modérée de vin peuvent faciliter la phase initiale de la digestion. Nous ne sommes pas dans le registre du médicament, mais dans celui d’un soutien physiologique fin, comparable à celui d’un agrume ou d’un amer léger avant le repas.

La stimulation de la sécrétion salivaire par les composés acides

Dès la première gorgée de vin blanc, vous remarquez souvent une salivation accrue. Cette réaction immédiate est principalement due à la présence d’acides organiques (tartrique, malique, citrique) qui stimulent les glandes salivaires. La salive joue un rôle capital dans la digestion : elle humidifie les aliments, facilite la mastication, commence la dégradation de certains glucides grâce à l’amylase et véhicule les molécules aromatiques vers les récepteurs olfactifs.

En début de repas, cette augmentation de la salivation a donc un double effet bénéfique. D’un côté, elle prépare mécaniquement la bouche à recevoir les premières bouchées en améliorant la lubrification et la perception des textures. De l’autre, elle amplifie la perception des arômes alimentaires, puisque ceux-ci sont mieux solubilisés et transportés vers la cavité nasale. Un vin blanc suffisamment vif agit ainsi comme un catalyseur sensoriel, rendant les premières bouchées plus savoureuses.

On peut comparer ce phénomène à l’effet d’un jus de citron sur une huître : quelques gouttes suffisent à réveiller la bouche et à mettre en appétit. Le vin blanc, avec sa structure acide maîtrisée, reproduit cet effet de manière plus complexe et nuancée, tout en apportant sa propre richesse aromatique.

L’activation des enzymes gastriques par les polyphénols blancs

Si les vins rouges sont plus riches en tanins, les vins blancs contiennent eux aussi une fraction de polyphénols, principalement issus de la pulpe et parfois de la peau lorsque la macération est légère. Ces composés, bien que présents en moindre quantité, jouent un rôle dans la stimulation de certaines voies enzymatiques et dans la modulation de l’environnement gastrique. Plusieurs travaux en œnologie nutritionnelle suggèrent que ces polyphénols, consommés modérément, peuvent participer à une meilleure préparation de la phase digestive.

En pratique, cela se traduit par une légère augmentation de l’activité des enzymes gastriques et intestinale, sans l’effet « choc » que peuvent provoquer des apéritifs très alcoolisés ou fortement amers. Le vin blanc agit plus en finesse, en synergie avec ses acides et son degré d’alcool modéré. Vous obtenez une forme de “mise en route” digestive harmonieuse, compatible avec un repas gastronomique où les textures et les cuissons peuvent être variées.

Il ne s’agit évidemment pas de considérer le vin blanc comme un stimulant digestif au sens médicamenteux du terme, mais plutôt comme un partenaire de la physiologie naturelle, à la manière d’un aliment fermenté ou d’un agrume. C’est cette subtilité qui le rend particulièrement adapté à l’apéritif, bien plus qu’un spiritueux ou un cocktail trop sucré qui satureraient rapidement les papilles.

L’effet du ph acide sur la préparation de l’estomac à la digestion

Le pH relativement acide des vins blancs (généralement compris entre 3,0 et 3,4 pour les vins secs) joue également un rôle dans la préparation de l’estomac. En entrée de repas, une légère acidité perçue contribue à harmoniser le gradient acido-basique entre la bouche, l’œsophage et l’estomac. Sans modifier de manière drastique le pH gastrique, le vin blanc accompagne la montée en puissance naturelle de l’acidité stomacale qui précède la digestion.

Sur le plan sensoriel, cet environnement acide contrôlé se traduit par une sensation de fraîcheur et de netteté qui donne envie de manger. À l’inverse, un apéritif très sucré ou très gras peut ralentir cette mise en route et donner une impression de lourdeur précoce. En choisissant un vin blanc sec, vous favorisez une transition douce entre l’état de repos digestif et l’état actif, ce qui est particulièrement appréciable lors de repas longs ou festifs.

On peut ainsi considérer le vin blanc d’apéritif comme un “accordeur” de l’estomac : il ajuste progressivement le système digestif pour qu’il soit prêt à recevoir les entrées, puis les plats principaux, sans à-coups. Cette préparation en douceur participe pleinement au confort global du convive et explique, une fois encore, pourquoi le vin blanc est idéal en début de repas.

Les cépages blancs recommandés pour l’ouverture d’un repas gastronomique

Pour profiter pleinement de ces atouts, encore faut-il choisir des cépages adaptés à l’ouverture du repas. Tous les vins blancs ne se valent pas en apéritif : certains, trop boisés, trop alcoolisés ou trop sucrés, conviendront mieux à la table ou au dessert. L’objectif, en début de repas, est de privilégier des cépages qui offrent fraîcheur, netteté aromatique et modération alcoolique.

Parmi les valeurs sûres, on retrouve en premier lieu le Sauvignon Blanc (Loire, Bordelais, Sud-Ouest, Nouvelle-Zélande), pour sa vivacité citronnée et ses notes végétales nobles. Le Riesling (Alsace, Allemagne, Autriche) s’impose également par sa tension minérale et sa grande digestibilité, surtout en version sèche. Le Chenin Blanc (Vouvray, Montlouis, Anjou) propose un registre plus large, du sec tendu au demi-sec, idéal pour des apéritifs gastronomiques.

On pourra aussi compter sur des Chardonnay peu ou pas boisés (Chablis, Mâconnais, certains Bourgognes d’altitude), qui marient fraîcheur et rondeur, sur le Pinot Blanc et le Sylvaner d’Alsace pour leur discrétion élégante, ou encore sur la Jacquère et l’Altesse de Savoie pour leur fraîcheur montagnarde. Dans le Sud, le Vermentino (Rolle), les assemblages à base de Grenache Blanc et de Roussanne, lorsqu’ils restent modérés en alcool et en boisé, peuvent également faire merveille à l’apéritif.

Quelques principes simples peuvent guider vos choix :

  • Privilégier des blancs secs (moins de 4 g/l de sucre résiduel) pour éviter la saturation sucrée précoce.
  • Rechercher une acidité marquée, gage de fraîcheur et de salivation.
  • Éviter les élevages trop appuyés en barrique neuve qui alourdissent le profil.
  • Viser des degrés alcooliques modérés, entre 11,5 % et 13 % vol. pour une meilleure digestibilité.

En respectant ces critères, vous constituez une palette de vins blancs réellement adaptés au début de repas, capables de s’accorder avec une grande diversité d’entrées tout en préservant la montée en puissance gustative prévue par votre menu.

La tradition œnologique française du service chronologique des vins

En France, l’ordre de service des vins au cours d’un repas ne relève pas seulement de l’étiquette : il répond à une logique sensorielle et culturelle bien établie. Pendant longtemps, on a résumé cette règle à un simple mantra : “blanc avant rouge”. Si cette formule contient une part de vérité, elle est en réalité l’expression simplifiée d’un principe plus complexe : la progression ascendante en intensité, en structure et en sucrosité.

Traditionnellement, on commence par les vins les plus vifs et les plus légers (souvent des blancs secs, voire un effervescent), pour aller vers des vins plus corsés (rouges structurés), puis terminer éventuellement sur des vins moelleux ou liquoreux. Cette chronologie permet au palais de s’adapter progressivement, en évitant de revenir en arrière vers des profils plus délicats après des vins puissants qui auraient saturé les papilles.

Dans ce schéma, le vin blanc occupe naturellement la première place, car il cumule plusieurs qualités recherchées en ouverture : acidité, légèreté, précision aromatique. Cela ne signifie pas qu’il est impossible de servir un rouge avant un blanc – certains rouges très légers peuvent précéder un grand blanc opulent – mais, dans la majorité des contextes, le blanc reste le compagnon idéal des premiers temps du repas. Il assure la transition entre le verre d’accueil et le cœur du menu.

Il faut également rappeler que cette tradition de service chronologique s’est construite en lien étroit avec les usages culinaires : plats de poisson et fruits de mer servis en entrée, puis viandes en plat principal, fromages et desserts en fin de repas. L’association spontanée “poisson = blanc, viande = rouge” a donc conforté la place du vin blanc en début de service. Aujourd’hui, alors que la cuisine se réinvente et que les accords se libèrent, la logique de progression (du plus fin au plus puissant) reste toutefois le fil conducteur à respecter.

Les erreurs à éviter lors du choix d’un vin blanc d’apéritif

Si le vin blanc est idéal en début de repas, certains choix peuvent néanmoins compromettre cette harmonie. La première erreur consiste à sélectionner un vin trop riche, trop boisé ou trop alcoolisé, comme un grand Chardonnay de garde servi trop tôt. Ce type de vin, admirable à table sur un plat élaboré, risque de fatiguer le palais dès l’apéritif et de rendre les vins suivants plus difficiles à apprécier.

Autre écueil fréquent : opter pour un vin blanc trop sucré en ouverture, qu’il s’agisse d’un moelleux, d’un liquoreux ou d’un demi-sec marqué. Le sucre, très persistant en bouche, a tendance à saturer les papilles et à fausser la perception des vins secs servis ensuite, qui paraîtront plus durs et plus acides qu’ils ne le sont réellement. Si vous tenez à proposer un blanc légèrement doux en début de repas, veillez à ce que la trame acide soit suffisamment présente pour équilibrer la sucrosité, et adaptez le menu en conséquence (amuse-bouches salés-sucrés, foie gras, cuisine asiatique douce).

La température de service est un autre point de vigilance. Servir un vin blanc glacial, à 4 ou 5°C, sous prétexte de le “rafraîchir”, revient à anesthésier ses arômes et à exagérer la perception de l’acidité. À l’inverse, un vin trop chaud semblera lourd et alcooleux. Essayez toujours de viser la plage idéale de 8 à 12°C et souvenez-vous qu’un vin légèrement trop frais se réchauffera rapidement dans le verre, alors qu’un vin trop chaud sera difficile à rattraper.

Enfin, méfiez-vous des apéritifs successifs qui mélangent vins blancs, cocktails sucrés et spiritueux avant même de passer à table. Chaque boisson laisse une empreinte sensorielle et physiologique : multiplier les styles risque de brouiller votre perception et de fatiguer inutilement vos papilles. En choisissant un seul vin blanc bien adapté, vous offrez à vos convives une entrée en matière cohérente, élégante et respectueuse de la suite du repas.

En évitant ces écueils et en privilégiant des vins blancs secs, vifs et modérément alcoolisés, servis à bonne température, vous mettez toutes les chances de votre côté pour réussir l’ouverture de votre repas. Le vin blanc joue alors pleinement son rôle : il éveille, prépare et donne envie de découvrir la suite de la partition gastronomique que vous avez imaginée.